Marc Seguin

Né en 1786 à Annonay, Marc Seguin est l’aîné d’une famille de six enfants dont le père fabrique et commercialise le drap. Sa mère est la nièce des inventeurs du ballon à air chaud, Etienne et Joseph de Montgolfier. Ce dernier jouera un rôle déterminant dans l’éducation de Marc Seguin.

 L’entreprise familiale est trop étroite pour subvenir au futur des six enfants. Marc et ses frères vont alors systématiquement dépouiller les revues scientifiques et techniques de leur époque, qui seront à l’origine de maintes idées et inventions, petites et grandes. La plupart d’entre elles sont liées au transport, dont ils ont compris l’importance en commercialisant le drap.

 Les qualités techniques de Marc Seguin sont vite reconnues. Il améliore la roue à aube de la petite usine familiale, les feutres des usines à papier. L’idée des ponts suspendus naît d’une conversation avec Monsieur de Plagniol, ingénieur des Ponts et Chaussées de l’Ardèche. Marc Seguin met alors au point le principe de la suspension par fil de fer (câble) et réalise en dix-huit mois le pont de Tournon, qui est une grande réussite technique (1825). Contrairement à l’ancienne suspension par chaîne ou barre, la suspension par câble permet de faire circuler aisément chariots et voitures. Ses frères et lui-même vont alors participer à la construction de nombreux ponts sur le Rhône et une soixantaine d’autres sites en France et en Europe.

 Marc Seguin va également s’intéresser à la vapeur pour les besoins de la navigation sur le Rhône, mais l’expérience sera interrompue car le rendement de la machine à vapeur est médiocre. Il mettra au point en 1827 une chaudière dite tubulaire adaptée aux locomotives et qui permet des performances beaucoup plus importantes. George Stephenson l’installe sur sa Rocket et gagne le concours de Rainhill !Les frères Seguin se lancent à cette époque dans la construction de la première ligne de chemin de fer où rouleront des locomotives ; elle reliera Lyon à Saint Etienne et sera achevée en 1832 (la ligne Paris-Saint Germain ne sera ouverte qu’en 1837).

 Marc Seguin se retire alors – à cinquante ans – à l’Abbaye de Fontenay en Bourgogne où il se consacre à la recherche et l’écriture. Il y développe notamment ses idées sur l’équivalence mécanique de la chaleur avant de s’installer à Varagnes qu’il fait aménager selon ses plans. Une pneumonie contractée lors d’observations nocturnes dans l’observatoire l’emportera le 20 avril 1875, à l’âge de 89 ans.

 Varagnes est certainement une demeure unique en son genre. Elle a été modelée pour les besoins d’un savant du 19e siècle et est ainsi devenue un merveilleux témoignage de cette époque. On ne peut parler de cette demeure sans évoquer les descendants de Marc Seguin et d’abord Augustin Seguin (l’un de ses 19 enfants) qui a aidé son père à aménager Varagnes et a donné à cette maison le charme qu’on lui connaît. Augustin était non seulement un ingénieur et un industriel mais aussi un artiste (il faisait partie de l’école de peinture de Lyon) et un voyageur infatigable (il visite en particulier l’ouest des Etats-Unis en 1880, quelques années après la guerre de sécession et alors même que certaines tribus indiennes sont encore hostiles).

Augustin Seguin aura lui-même onze enfants. Parmi eux Rose, Marie et Joseph hériteront de son talent artistique (certains tableaux de Rose Seguin-Bechetoille sont exposés au musée César Filhol), Louis, Laurent et Augustin (“Tintin l’Aviateur”) de ses qualités d’ingénieur : ils “bricoleront” souvent durant leur jeunesse dans l’atelier de mécanique de Varagnes. Plus tard Louis et Laurent développeront le moteur rotatif HP 50 Gnôme qui sera le premier moteur d’avion “fiable” permettant l’essor de l’aéronautique en tant que moyen de transport. Gnôme et Rhône, cédée par la famille en 1925, est devenue aujourd’hui la SNECMA. (On trouvera dans la cour du nord une moto Gnôme et Rhône – dont le moteur est dérivé des moteurs d’avion.) Les champs qui dominent Varagnes ont connu, au début de ce siècle, de nombreux essais de planeurs fabriqués par Henri Fabre, grand ami des frères Seguin, inventeur de l’hydravion (dont le premier vol – en 1910 – a été réalisé avec un moteur Gnôme).